Brexit 2020 : fin de partie

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Le Brexit commence à ressembler à une longue dispute familiale où trop de choses blessantes ont été dites, et qui laisse tout le monde à la fois épuisé et incertain de sa position d’origine. Trois années se sont écoulées et la douloureuse saga continue. Avec des élections générales entre le Royaume-Uni et sa sortie de l’Union européenne, quels sont les événements récents qui nous ont conduits jusqu’ici, et que signifie cette deuxième élection anticipée sous l’ombre du Brexit pour l’avenir de la Grande-Bretagne ?

Le Brexit repoussé à 2020

Les 17 et 18 octobre, le Premier ministre britannique Boris Johnson et plusieurs responsables de l’UE ont conclu un accord révisé sur le Brexit lors du sommet économique de l’UE à Bruxelles. Boris Johnson est ensuite retourné au Royaume-Uni, afin de faire valider ce nouvel accord par le Parlement. Le 22 octobre, un vote a eu lieu pour adopter ou rejeter le projet de loi révisé sur l’accord de retrait de l’Union européenne. Il a été adopté. Puis un deuxième vote a eu lieu sur le programme du gouvernement pour accélérer le projet de loi afin que le Royaume-Uni puisse se retirer avec un accord avant la date limite du 31 octobre. Ce deuxième vote a été rejeté.

Avec un accord en main, mais pas assez de temps pour que le Parlement le valide avant la date limite du Brexit, Boris Johnson a tenté de déclencher des élections anticipées. Sa tentative initiale a été bloquée par le Parlement. Le 28 octobre, l’UE a accepté de prolonger la date limite du Brexit jusqu’au 31 janvier 2020. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a tweeté que les 27 États restants avaient accepté d’accorder au Royaume-Uni une extension flexible jusqu’à la fin du mois de janvier. Le 29 octobre, les députés ont accepté la date proposée pour les élections du 12 décembre et la campagne a commencé.

Engagements de la politique électorale du Royaume-Uni

Partis politiques du Royaume-Uni

Le Parti travailliste a annoncé un plan ambitieux pour renationaliser une partie de British Telecom afin d’offrir un accès haut débit gratuit à tous les habitants du Royaume-Uni d’ici 2030. Les conservateurs ont promis 6000 nouveaux médecins pour le National Health Service et ont même fait un visé le vote centriste avec une campagne environnementale « votez bleu, passez au vert ». Dans le même temps, les libéraux démocrates ont promis 35 milliards de livres sterling supplémentaires au NHS en augmentant les impôts d’un centime et ont également promis 100 milliards de livres sterling à un fonds pour le climat.

Il s’agit d’un cas typique de surenchère pendant une campagne électorale, mais avec les lignes de bataille du Brexit clairement délimitées, ces questions secondaires seront d’une grande importance pour influencer certains sièges contestés. Selon YouGov, les cinq principaux problèmes auxquels le pays est confronté sont le Brexit, les soins de santé, l’économie, l’environnement et le logement. Malgré cela, il existe un sentiment palpable qui veut que, peu importe la façon dont chaque partie tente de changer l’ordre du jour, ces changements sont toujours subordonnés au Brexit et peuvent être compromis. Cela se voit clairement dans les alliances qui se font et se défont.

Les élections au Royaume-Uni : les résultats du Brexit

Une fois la date des élections annoncée, les partis se sont précipités pour former des alliances sur la sortie de l’UE, ou sont restés divisés. Le 11 novembre, Nigel Farage a annoncé que son parti Brexit ne viserait aucun des 317 sièges remportés par le Parti conservateur lors des dernières élections. Étant donné que les deux partis recherchent effectivement la même chose - une sortie immédiate de l’UE - la logique veut que toute action visant à échapper à une majorité conservatrice menace la mise en œuvre de l’accord du Brexit de Boris Johnson, qui est actuellement le meilleur pari du parti de la sortie.

Toutefois, Farage briguera 300 autres sièges détenus par le Parti travailliste, les Libéraux démocrates et le Parti national écossais. Chose intéressante, avant son annonce, le résultat préféré des parieurs était qu’aucun parti n’aurait de majorité globale. Depuis le retrait de Farage des zones électorales tenues par les conservateurs, le résultat favorable est désormais passé à une majorité conservatrice. Le 2 décembre, les marchés des paris du Royaume-Uni laissaient présager une probabilité d’une majorité conservatrice à environ 66%.

La question est un peu plus compliquée du côté des partisans de l’UE. Les Libéraux démocrates sont alignés sur des partis plus petits tels que le Parti vert, Plaid Cymru (les nationalistes gallois) et le parti centriste Renew. Les Libéraux démocrates ne veulent rien avoir à faire avec les Travaillistes si leur chef, Jo Swinson, fait appel aux électeurs conservateurs partisans du « Remain ». Le Parti national écossais, bien que techniquement dans le camp du « Remain », a son propre programme d’indépendance écossaise. Le Parti travailliste a probablement la position la plus nuancée. Il ne peut pas risquer de s’aliéner les électeurs du « Leave » en étant ouvertement en faveur du status quo, il s’est donc engagé à la fois à négocier le Brexit tout en soumettant l’accord qu’il obtiendrait aux électeurs lors d’un second référendum.

Est-ce qu’il y aurait là beaucoup de bruit pour rien ? Dans un récent article de Channel 4 News, le professeur en analyse politique John Curtice a dit ce qu’il pensait réellement de cette élection. Après avoir déclaré que les chances d’une majorité travailliste sont effectivement nulles, il a poursuivi en déclarant : « Ce n’est pas de cela qu’il s’agit, c’est une élection pour savoir si Boris Johnson obtient ou non la majorité ».

Suivi des élections générales du Royaume-Uni

Suivi des élections générales du Royaume-Uni

Le point de vue de Curtice correspond à ce que les données de sondage semblent indiquer. Au moment d’écrire ces lignes, YouGov donne 45% de chances à une majorité conservatrice, 30% de chances à une victoire travailliste, 15% de chances à une majorité libérale démocrate et 4% de chances au parti du Brexit.

Bien sûr, si la majorité conservatrice devait encore diminuer, la soixantaine de sièges restante serait non négligeables, et pourrait perturber le résultat de façon plus importante que prévu.

Les conséquences du Brexit

Dans un discours récent, Donald Tusk a partagé son opinion personnelle sur les perspectives d’une Grande-Bretagne post-Brexit. Les négociations étant maintenant terminées et la balle fermement dans le camp britannique, il a déclaré : « Je veux vous dire quelque chose que je n’aurais pas osé dire il y a quelques mois, car je pourrais être renvoyé pour avoir été trop franc ». Il a ensuite commenté la prétention du contingent du Brexit à vouloir rendre la Grande-Bretagne à nouveau mondiale en quittant l’UE, en disant que l’on pouvait entendre un désir de restauration de l’empire dans leurs voix. La réalité, a-t-il expliqué, est « exactement le contraire ». « Ce n’est que dans le cadre d’une Europe unie que le Royaume-Uni peut jouer un rôle mondial. »

Pour la nouvelle directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, qui a récemment remplacé Christine Lagarde, l’intérêt des évolutions récentes dans l’histoire du Brexit est qu’un accord supprime l’incertitude d’un environnement mondial qui est déjà très incertain. Elle fait valoir que le Brexit a déjà été intégré et qu’un accord et une sortie ordonnée ultérieure seraient probablement positifs pour les marchés mondiaux. D’un autre côté, selon les calculs du FMI, un Brexit sans accord coûterait au Royaume-Uni de 3,5% à 5% de son PIB, alors qu’il ne coûte à l’UE qu’environ 0,5%.

Il reste toutefois le scénario possible : que nous nous retrouvions avec une suspension du parlement, ce qui finirait par remettre sur la table un deuxième référendum sur le Brexit. Les plus jeunes électeurs éligibles du 12 décembre sont assez âgés pour avoir observé toute la débâcle du Brexit sans avoir pu y faire quoi que ce soit, et ce n’est un secret pour personne que les jeunes du Royaume-Uni sont davantage portés sur le « Remain » que les plus âgés.

La redistribution économique est un autre problème que les jeunes privilégient de façon disproportionnée, un sujet qui occupera aussi une place de choix dans cette élection si le Parti travailliste progresse, et qui pourrait compliquer les choses pour les conservateurs. Dès lors, allons-nous bientôt renvoyer le terme Brexit dans les oubliettes de l’histoire, ou continuera-t-il à faire la une des journaux tout au long de l’année 2020 ? Ce troisième acte devra avoir lieu pour en avoir le cœur net.

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