Les Scénarios des Tarifs Douaniers Américains du 15 Décembre

Les marchés boursiers du monde entier avaient commencé à intégrer à leurs cours un certain optimisme lié au début d’accord commercial du mois de novembre, enregistrant des records à l’approche de la traditionnelle « hausse de Noël » au mois de décembre.

Cela a été de courte durée, puisque le consensus optimiste a été ébranlé lorsque Trump a suggéré qu’il ne pourrait y avoir d’accord commercial avec la Chine qu’après les élections américaines de 2020, et a ordonné une série de tarifs douaniers contre l’Argentine, la France et le Brésil.

Le S&P 500 a subi sa plus forte perte quotidienne en près de deux mois, après avoir affiché une série de pics records depuis le début du mois d’octobre.

Les marchés s’attendaient à ce que Washington et Pékin concluent un début d’accord qui retarderait le prochain cycle de négociations de tarifs douaniers, prévu pour le 15 décembre, jusqu’en janvier. Cette série de tarifs devrait couvrir quasiment l’intégralité des exportations chinoises restantes, dont une large sélection de produits ménagers et de consommation, notamment les téléphones et les ordinateurs portables.

Dès lors, que se passerait-il si les tarifs de 15% sur 160 milliards de dollars de marchandises sont appliqués de manière inattendue ?

Trump, l’homme des tarifs

Cela fait un an que Trump a écrit sur Twitter « I am a Tariff Man », et il semble clairement l’être, affirmant qu’il n’est pas pressé d’abroger les tarifs si les négociations commerciales ne se déroulent pas comme il l’entend.

Trump tweet

 

 

 

 

 

Un an plus tard, regardons les données pour voir comment s’est concrétisée la mission de Tariff Man de « rendre l’Amérique riche à nouveau ».

En commençant par la surface, le marché boursier américain a grimpé en flèche au cours de la dernière année. Voir ci-dessous le graphique journalier du S&P 500 (US500). L’indice est passé de 2707 à 3115 en un an. C’est un bon rendement de 15%.

S&P 500

Et Trump veut s’assurer que chacun le sache. Ci-dessous, l’un de ses nombreux tweets célébrant la clôture du S&P 500 à un nouveau record.

S&P 500 tweet

 

 

 

 

 

 

Légende : Tweet de @realDonaldTrump : Another new Stock Market Record. Enjoy!

La bourse bouge de façon rapide et brutale, réagissant instantanément aux gros titres d’actualités, bons ou mauvais. En arrière-plan, toutefois, les choses ne sont pas aussi roses.

Les marchés obligataires donnent une image différente. Si un marché boursier à des niveaux record suggère une envie de prise de risque (renforcée par les liquidités injectées par la Fed), le rendement des obligations américaines à 10 ans indique une humeur plutôt opposée. Le rendement se situe ce matin à 1,77%, ce qui n’est qu’à 32 points de base du creux historique de 1,35% en août 2016. Le 4 décembre 2018, lorsque Trump s’est déclaré le « Tariff Man », le rendement à 10 ans était de 2,91%.

En règle générale, les rendements reflètent la confiance dans l’activité économique : des rendements élevés = une confiance élevée et des rendements faibles = une confiance faible. Il s’agit d’un contrôle de la santé globale de l’économie, non seulement aux États-Unis, mais aussi lié à des facteurs mondiaux. Si le marché boursier a explosé, les rendements obligataires ont considérablement chuté. Cela indique une humeur pessimiste sous-jacente, étroitement motivée par des banques centrales mondiales accommodantes, en partie en réaction aux tarifs imposés par la guerre commerciale sino-américaine et à une économie chancelante. Pour en savoir plus sur la relation étroite entre la paire USDCNH  et les rendements à 10 ans dans mon article Trade-driven treasuries.

Rendement du bon du Trésor américain à 10 ans

Légende : Le rendement du bon du Trésor américain à 10 ans est passé de 2,91% à 1,77% cette année, atteignant un creux de 1,45% le 3 septembre.

Les indicateurs économiques clés américains, qui se sont dépréciés parallèlement aux rendements obligataires (blanc), contredisent également apparemment la flambée des marchés boursiers. L’indice ISM (bleu) est passé de 54,3 à 48,1. Un chiffre au-dessus de 50 indique une expansion, et un chiffre en dessous de 50 une contraction : le basculement dans la contraction reflète la difficulté liée à la guerre commerciale. Ensuite, nous avons les données sur les emplois non agricoles aux États-Unis (vert), qui révèlent de moins en moins d’emplois créés chaque mois. Gardez toutefois à l’esprit que le chômage américain est à son niveau le plus bas en 50 ans, ce qui pourrait restreindre les possibilités de croissance ici.

Rendements à 10 ans, ISM, emplois non agricoles

Les rendements à 10 ans (blanc), l’ISM (bleu) et les emplois non agricoles (vert) ont baissé cette année.

Le Département américain de l’agriculture a distribué plus de 15 milliards USD de paiements d’allégement tarifaire aux agriculteurs et aux éleveurs depuis le début de la guerre commerciale. La guerre commerciale et ses tarifs pèsent sur l’économie américaine, et si aucun accord n’aboutit la semaine prochaine, les perspectives s’annoncent pires encore. Si les tarifs entrent en vigueur, il est clair que la Chine n’achètera pas près de 50 milliards de dollars de produits agricoles.

Les scénarios de marché sur la mise en œuvre des tarifs

Décembre est généralement un mois plutôt positif pour les marchés boursiers, mais les tarifs pourraient être le cauchemar avant Noël qui arrêterait la « hausse de Noël » dans son élan.

Un début d’accord de semblait inévitable avant le mois de novembre, et les marchés boursiers avaient profité de la vague d’optimisme pour atteindre des niveaux record, soutenus par une expansion massive des injections de liquidités de la Fed. Mais le marché obligataire était plus prudent, attendant probablement un accord tangible.

L’optimisme a d’abord faibli lorsque la signature de l’accord au Chili a été retardée du fait de l’annulation de la réunion de l’APEC, mais Pékin et Washington ont assuré aux marchés qu’un accord était en cours. Plus tôt la semaine dernière, Trump a laissé entendre qu’il pourrait suspendre un accord commercial jusqu’à après les élections de 2020, provoquant une chute du S&P de 0,85% sur la journée. Malgré la baisse des marchés, le président maintient que les négociations commerciales se déroulent « très bien ». Les marchés ont entendu cela à de nombreuses reprises.

Si les tarifs entrent en vigueur, nous assisterons probablement à un ajustement considérable du marché, avec un fort resserrement des conditions financières, car les marchés évaluaient de manière optimiste un accord de phase 1 depuis un certain temps, ou au moins une extension de l’arrangement actuel.

Par exemple, l’USD/CNH, notre paire de devises proxy par défaut, s’est quelque peu refroidie début novembre quand un accord de phase 1 semblait plus probable. Dans le cas du non-accord et des tarifs appliqués, nous verrions le yuan chinois CNH s’affaiblir face au billet vert. L’AUD et le NZD chuteraient avec le CNH.

L’EUR/USD verrait son cours augmenter, l’USD chutant fortement contre le JPY et le CHF. L’or s’envolerait, et nous pourrions facilement voir le métal jaune remonter au-dessus de 1 500 USD l’once.

Si les tarifs douaniers baissaient au contraire, soit un scénario très improbable, Noël serait excellent pour tous les cours boursiers.

Par conséquent, si les tarifs prévus entrent en vigueur, les perspectives se brouillent. Nous verrions la perspective imminente d’une récession aux États-Unis et une incertitude accrue, avec une réduction des prises de risques du marché. Le grinch ne volera peut-être pas Noël cette année… Mais le Tariff Man le pourrait bien !

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