L’Illusion du Brexit

Dr.Mike Campbell

Ceux qui exhortent les Britanniques à faire un saut dans l’inconnu et à remonter le temps pour une époque qui n'a jamais existé, continuent de défier la réalité et emportent avec eux une proportion importante de l'électorat britannique. Il est remarquable de noter que seule une infime minorité des politiciens sont activement en campagne pour le Brexit, mettant en évidence les divisions entre la classe politique et ceux qui les ont élus, la vaste majorité soutenant le maintien du Royaume-Uni dans l’UE (avec, il faut dire, différents degrés de conviction) et, pourtant, la plupart des sondages montrent que le résultat est encore trop proche pour définir un vainqueur.

Les partisans de la sortie de l’UE sont peu loquaces concernant les détails de la relation (éventuelle) qu'ils souhaitent mettre en place entre le Royaume-Uni et le plus grand bloc commercial du monde après un Brexit. Ils semblent imaginer que le Royaume-Uni pourra continuer à profiter du libre échange avec l’UE, mais sans s’impliquer dans l'UE et en pouvant refuser aux citoyens européens le droit de vivre et de travailler au Royaume-Uni, sans changer les droits des expatriés britanniques actifs ou retraités dans les États de l’UE. Ils maintiennent le prétexte que le Royaume-Uni ne tire aucun avantage tangible de son adhésion à l'UE, que les sommes données à l’UE sont gaspillées et pourraient être mieux utilisées dans le cadre du NHS, le système de sécurité social national. Quitter le bloc générerait des problèmes économiques qui feraient largement oublier les fonds du NHS liés à l’adhésion à l’UE (même si le Royaume-Uni partait, le gouvernement ne serait soumis à aucune obligation d'augmenter le financement du NHS au détriment d'autres secteurs de l'économie, aussi ils font là sciemment une promesse creuse)

Malgré les avertissements de l'Organisation mondiale du commerce et des chefs d'État du monde entier, les partisans du Brexit croient que le Royaume-Uni sera en mesure de négocier rapidement des accords commerciaux avec une grande partie du reste du monde en deux ans - même si l'on suppose que les partenaires commerciaux seraient prêts à entrer en action immédiatement après la sortie du Royaume-Uni de l’UE, il convient de prendre en compte le fait que le Royaume-Uni n'a pas suffisamment de négociateurs commerciaux formés pour gérer la charge de travail dans les délais. La Grande-Bretagne distribuera des avantages commerciaux à beaucoup de nations qui pourraient voir leur PIB augmenter au dépend de la Grande-Bretagne, et les partisans supposent qu’aucun de ces pays ne passerait d’accord allant à l’encontre des intérêts du Royaume-Uni. Je ne voudrais pas acheter une voiture d'occasion à ces clowns.

La grande majorité des économistes, des organismes de commerce internationaux et des institutions économiques, s’accordent pour dire qu’un Brexit nuirait à l’économie britannique et aurait un effet de bord majeur à la fois pour l'UE et pour les plus grandes économies mondiales ; mais ces préoccupations sont rejetées comme étant alarmisme ou égoïstes : la campagne du Brexit n'a pas présenté une analyse détaillée de l'économie post-UE au Royaume-Uni. Au lieu de cela, les partisans appellent les électeurs à voter pour « l’espoir » et un rétablissement de la démocratie et de la souveraineté - sans jamais expliquer quels aspects de ces idées éphémères ont été asservis par l'UE.

Les syndicats, les chambres de commerce, la Confédération britannique de l'industrie et la majorité des partis politiques britanniques (entre autres) ont clairement annoncés leur soutien continu à l’adhésion du Royaume-Uni à l’UE, aussi, comment est-il possible que Brexit reste une possibilité réelle sur 23 juin ? La réponse, il me semble, est qu’il existe une profonde méfiance des politiciens (pas seulement au Royaume-Uni) et que les mêmes politiciens et les médias ont utilisé « Bruxelles » comme bouc émissaire pour tous les maux du Royaume-Uni depuis que le pays a rejoint la CEE. De même, l’Union européenne (et en particulier la Commission européenne), le Parlement européen et tous les autres organes de l’Europe, ont fait un travail lamentable pour expliquer leur travail, leurs idéaux et leurs réalisations auprès de la population européenne. Si, dans les 28 États membres de l'UE, un référendum sur la poursuite de l'adhésion devaient avoir lieu, le résultat serait le reflet de la situation au Royaume-Uni : une désaffection, une compréhension limitée et une majorité très mince pour continuer ce projet. Si l’UE doit survivre et prospérer, un processus de réforme doit s’engager - quel que soit le résultat du vote britannique - et il convient d’en faire plus pour veiller à ce que les citoyens européens comprennent et adhèrent aux objectifs de ces instances.

Dr.Mike Campbell
Dr Mike Campbell est un scientifique britannique et auteur indépendant. Mike a obtenu son doctorat à Gand, en Belgique et a travaillé en Belgique, en France, à Monaco et en Autriche depuis son départ du Royaume-Uni. En tant qu'écrivain, il se spécialise dans les sujets sur le monde des affaires, la science, la médecine et l'environnement.

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